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Ali Noureddine: A propos de "A. Ben Salah: un homme non matérialiste"

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Le directeur de l’hebdomadaire Tunis-Hebdo, M. M’hamed Ben Youssef, a publié à la une  du numéro 2269  (23-29 juillet 2018) de son journal  un  article intitulé « Un homme non matérialiste » où il est question de M. Ahmed Ben Salah et de la politique économique des années 1960 dont il a été l’inspirateur et l’exécutant.
Cet article a suscité de nombreux commentaires sur facebook, , notamment de la part des abonnés et des nombreux lecteurs de la page « Mémoire d’une chéchia » dont le Webmaster est Mme Sélima Abbou, qui a reproduit l’article en question, et dont je tiens au passage à saluer les efforts méritoires pour faire revivre un passé que de nombreux tunisiens ignorent. Les commentaires qui ont fait suite à l’article de M. Ben Youssef sont pour la plupart défavorables à M. Ahmed Ben Salah et à sa politique, notamment dans le domaine agricole.  Or, la création d’un réseau de coopératives à l’échelle de l’ensemble du pays faisait partie intégrante du programme de développement économique de la Tunisie dans les années 1960 qui, dans l’ensemble, continue d’être considéré comme une avancée importante dans les efforts de la Tunisie pour sortir du sous-développement.
LES PLANS DE DEVELOPPEMENT
En 1962 paraissaient les « Perspectives décennales de développement » auxquelles  avaient été associées de nombreuses personnalités de gauche de l’époque). Elles renfermaient un programme élaboré et détaillé de larges et ambitieuses réformes, qui devaient être mises à exécution dans le cadre du plan triennal d’abord, quadriennal ensuite (1964-1968).  La réforme des structures engagée par M .Ben Salah, depuis sa nomination par le président Bourguiba à la tête du ministère du plan et de l’économie, devait toucher le commerce et l’agriculture. Un certain nombre d'objectifs visés par la réforme des structures commerciales  avaient été atteints : concentration et modernisation des circuits de distribution, amélioration relative des conditions de travail, mais l’Etat n’a pas réussi à mobiliser l’épargne des commerçant privés, réfractaires aux réformes, et qui ont préféré thésauriser.
Il faudrait une étude détaillée pour évaluer ce qui a été réalisé dans le pays au cours de la période 1963-1969 et démontrer que tout ce qui a été dit au sujet de l’abandon des régions de l’intérieur au profit de la seule zone côtière mérite d’être corrigé. Ainsi, la construction d’une unité de transformation  d’alfa à Kasserine, d’une usine sucrière à Béja, des Industries chimiques Maghrébines à Gabès,  de la sidérurgie à  Menzel-Bourguiba, d’une raffinerie de pétrole à Bizerte montrent l’intérêt que les autorités de l’époque portaient aux régions de l’intérieur. Et la liste n’est pas exhaustive.
Si une cinquantaine d’années nous sépare de cette période décisive dans l’histoire de la Tunisie, les esprits ne se sont pas apaisés et certains commentateurs laissent libre cours à la passion, voire à l’invective. Or, si d’une manière générale, le Tunisien porte un jugement largement positif sur les investissements considérables réalisés  au cours de cette période en matière d’éducation, de santé, d’infrastructure,  de transports, s’il reconnaît que toutes ces réalisations, à laquelle il faudrait ajouter  le lancement du tourisme, ont permis à la Tunisie de prospérer, nombreux sont ceux qui se focalisent sur la seule période janvier-septembre 1969 pour mettre en exergue ses aspects négatifs et accuser Ahmed Ben Salah de tous les maux. On y retrouve pêle-mêle la spoliation des petits agriculteurs sommés d’adhérer à des unités de production dont ils ne voulaient pas, aux troupeaux vendus à vil prix par leurs propriétaires et même au suicide de personnes qui avaient été ruinées. Tout ceci reste partiellement vrai, même s’il y a parfois des exagérations. 
LE PROGRAMME ECONOMIQUE ET SOCIAL DE L’UGTT ET LA CRISE DE SEPTEMBRE 1969
Ahmed Ben Salah n’a rien inventé : il n’a fait que mettre en application le programme économique et social de l’UGTT - dont i l a été le secrétaire général de 1954 à 1968- , programme adopté par la centrale syndicale au cours de son congrès de 1956.Ce que beaucoup de Tunisiens ignorent sans doute c’est que le premier à avoir préconisé la création de coopératives n’est autre que M’Hamed Ali Hammi, fondateur de la première CGTT en 1924  (condamné et exilé par les autorités coloniales).  Ben Salah et toute l’équipe de l’UGTT de l’époque (Mustapha Filali, Abdallah Farhat, Mahmoud Khiari, pour ne citer que ceux-là) avaient intégré la création des coopératives dans le programme de l’UGTT.
La généralisation des coopératives agricoles (janvier-septembre 1969) a créée un mécontentement indéniable dans le pays.  Rappelons d’abord que la période 1964-1969 a été caractérisée par une sécheresse persistante qui a entraîné une chute drastique de la production agricole et aggravé la crise que traversait la Tunisie. Que la nationalisation des terres en mai 1964 a créé une rupture avec la France qui a suspendu son aide à la Tunisie. Que les investissements dans l’éducation, la santé ou l’infrastructure représentaient une part considérable eu budget tunisien, mais qu’elles n’étaient rentables qu’à long terme et qu’elles ne pouvaient se mesurer en terme de consommation ou de pouvoir d’achat.
Quelle est la responsabilité personnelle d’Ahmed Ben Salah  dans la généralisation des coopératives agricoles? Le président Bourguiba était pressé de voir la réforme agraire s’achever dans les plus brefs délais et craignait de mourir  avant de voir son œuvre accomplie, comme il l’a déclaré dans plusieurs de ses discours. Faire endosser la responsabilité à l’un ou à l’autre n’avancerait à rien. Mais, on passerait sans doute à côté de beaucoup d’explications si on perdait de vue un élément essentiel. La crise de septembre 1969 a commencé en réalité en mars 1967 lorsque le président Bourguiba faillit disparaître suite à un infarctus du myocarde : c’est là que tout à basculé. La course à la succession a commencé d’une manière feutrée d’abord puis d’une manière ouverte. Il fallait commencer par abattre celui qui à tort ou à raison faisait figure de successeur désigné d’Habib Bourguiba, Ahmed Ben Salah. Or celui-ci s’était fait beaucoup d’ennemis qui guettaient le moindre faux pas pour l’enfoncer. Si la seule ambition de Ben Salah avait été de succéder à Bourguiba, comme on l'avait accusé à l'époque, il n’aurait pas engagé une politique qu’il savait impopulaire au départ, mais qui donnerait ses fruits par la suite. Il aurait adopté un profil bas et se serait positionné pour l’après-Bourguiba. Il n’avait même pas assuré ses arrières,  alors qu’il était à la tête de 5 ministères. « Cet ancien homme politique – doublé d’un syndicaliste et d’un économiste – n’a, sa vie durant, nullement versé dans une magouille financière quelconque. Il est, aujourd’hui, au bord du gouffre. Pour survivre, il a dû vendre, il n’y a pas longtemps de cela, le terrain où est implanté le jardin de sa villa à Radès » écrit M’Hamed Ben Youssef.
La probité et l’intégrité d’Ahmed Ben Salah ne sont pas discutables. Lorsqu’il fut démis de son poste de ministre de l’Éducation nationale en novembre 1969, ses émoluments cessèrent de lui être versés. Jusqu’à son arrestation, en mars 1970, il vécut de collectes organisées par ses amis et par des membres de  sa famille. Il s’évada en février 1973 et vécut un long exil à l’étranger : il n’a pu subsister que grâce à ses amis socialistes européens, en particulier le chancelier autrichien Kreisky. Il traversa une période très pénible qui affecta sa santé. Combien d’anciens ministres tunisiens qui avaient occupé des postes bien moins importants que Ben Salah ont vécu dans une chambre de bonne à Paris, située au 6er étage, sans ascenseur, sans chauffage, avec toilettes sur le palier ??

A PROPOS DE L’ARTICLE DE M. M’HAMED BEN  YOUSSEF, I« UN HOMME NON MATÉRIALISTE »

Le directeur de l’hebdomadaire Tunis-Hebdo, M. M’hamed Ben Youssef, a publié à la une  du numéro 2269  (23-29 juillet 2018) de son journal  un  article intitulé « Un homme non matérialiste » où il est question de M. Ahmed Ben Salah et de la politique économique des années 1960 dont il a été l’inspirateur et l’exécutant.
Cet article a suscité de nombreux commentaires sur facebook, , notamment de la part des abonnés et des nombreux lecteurs de la page « Mémoire d’une chéchia » dont le Webmaster est Mme Sélima Abbou, qui a reproduit l’article en question, et dont je tiens au passage à saluer les efforts méritoires pour faire revivre un passé que de nombreux tunisiens ignorent. Les commentaires qui ont fait suite à l’article de M. Ben Youssef sont pour la plupart défavorables à M. Ahmed Ben Salah et à sa politique, notamment dans le domaine agricole.  Or, la création d’un réseau de coopératives à l’échelle de l’ensemble du pays faisait partie intégrante du programme de développement économique de la Tunisie dans les années 1960 qui, dans l’ensemble, continue d’être considéré comme une avancée importante dans les efforts de la Tunisie pour sortir du sous-développement.
LES PLANS DE DEVELOPPEMENT
En 1962 paraissaient les « Perspectives décennales de développement » auxquelles  avaient été associées de nombreuses personnalités de gauche de l’époque). Elles renfermaient un programme élaboré et détaillé de larges et ambitieuses réformes, qui devaient être mises à exécution dans le cadre du plan triennal d’abord, quadriennal ensuite (1964-1968).  La réforme des structures engagée par M .Ben Salah, depuis sa nomination par le président Bourguiba à la tête du ministère du plan et de l’économie, devait toucher le commerce et l’agriculture. Un certain nombre d'objectifs visés par la réforme des structures commerciales  avaient été atteints : concentration et modernisation des circuits de distribution, amélioration relative des conditions de travail, mais l’Etat n’a pas réussi à mobiliser l’épargne des commerçant privés, réfractaires aux réformes, et qui ont préféré thésauriser.
Il faudrait une étude détaillée pour évaluer ce qui a été réalisé dans le pays au cours de la période 1963-1969 et démontrer que tout ce qui a été dit au sujet de l’abandon des régions de l’intérieur au profit de la seule zone côtière mérite d’être corrigé. Ainsi, la construction d’une unité de transformation  d’alfa à Kasserine, d’une usine sucrière à Béja, des Industries chimiques Maghrébines à Gabès,  de la sidérurgie à  Menzel-Bourguiba, d’une raffinerie de pétrole à Bizerte montrent l’intérêt que les autorités de l’époque portaient aux régions de l’intérieur. Et la liste n’est pas exhaustive.
Si une cinquantaine d’années nous sépare de cette période décisive dans l’histoire de la Tunisie, les esprits ne se sont pas apaisés et certains commentateurs laissent libre cours à la passion, voire à l’invective. Or, si d’une manière générale, le Tunisien porte un jugement largement positif sur les investissements considérables réalisés  au cours de cette période en matière d’éducation, de santé, d’infrastructure,  de transports, s’il reconnaît que toutes ces réalisations, à laquelle il faudrait ajouter  le lancement du tourisme, ont permis à la Tunisie de prospérer, nombreux sont ceux qui se focalisent sur la seule période janvier-septembre 1969 pour mettre en exergue ses aspects négatifs et accuser Ahmed Ben Salah de tous les maux. On y retrouve pêle-mêle la spoliation des petits agriculteurs sommés d’adhérer à des unités de production dont ils ne voulaient pas, aux troupeaux vendus à vil prix par leurs propriétaires et même au suicide de personnes qui avaient été ruinées. Tout ceci reste partiellement vrai, même s’il y a parfois des exagérations. 
LE PROGRAMME ECONOMIQUE ET SOCIAL DE L’UGTT ET LA CRISE DE SEPTEMBRE 1969
Ahmed Ben Salah n’a rien inventé : il n’a fait que mettre en application le programme économique et social de l’UGTT - dont i l a été le secrétaire général de 1954 à 1968- , programme adopté par la centrale syndicale au cours de son congrès de 1956.Ce que beaucoup de Tunisiens ignorent sans doute c’est que le premier à avoir préconisé la création de coopératives n’est autre que M’Hamed Ali Hammi, fondateur de la première CGTT en 1924  (condamné et exilé par les autorités coloniales).  Ben Salah et toute l’équipe de l’UGTT de l’époque (Mustapha Filali, Abdallah Farhat, Mahmoud Khiari, pour ne citer que ceux-là) avaient intégré la création des coopératives dans le programme de l’UGTT.
La généralisation des coopératives agricoles (janvier-septembre 1969) a créée un mécontentement indéniable dans le pays.  Rappelons d’abord que la période 1964-1969 a été caractérisée par une sécheresse persistante qui a entraîné une chute drastique de la production agricole et aggravé la crise que traversait la Tunisie. Que la nationalisation des terres en mai 1964 a créé une rupture avec la France qui a suspendu son aide à la Tunisie. Que les investissements dans l’éducation, la santé ou l’infrastructure représentaient une part considérable eu budget tunisien, mais qu’elles n’étaient rentables qu’à long terme et qu’elles ne pouvaient se mesurer en terme de consommation ou de pouvoir d’achat.
Quelle est la responsabilité personnelle d’Ahmed Ben Salah  dans la généralisation des coopératives agricoles? Le président Bourguiba était pressé de voir la réforme agraire s’achever dans les plus brefs délais et craignait de mourir  avant de voir son œuvre accomplie, comme il l’a déclaré dans plusieurs de ses discours. Faire endosser la responsabilité à l’un ou à l’autre n’avancerait à rien. Mais, on passerait sans doute à côté de beaucoup d’explications si on perdait de vue un élément essentiel. La crise de septembre 1969 a commencé en réalité en mars 1967 lorsque le président Bourguiba faillit disparaître suite à un infarctus du myocarde : c’est là que tout à basculé. La course à la succession a commencé d’une manière feutrée d’abord puis d’une manière ouverte. Il fallait commencer par abattre celui qui à tort ou à raison faisait figure de successeur désigné d’Habib Bourguiba, Ahmed Ben Salah. Or celui-ci s’était fait beaucoup d’ennemis qui guettaient le moindre faux pas pour l’enfoncer. Si la seule ambition de Ben Salah avait été de succéder à Bourguiba, comme on l'avait accusé à l'époque, il n’aurait pas engagé une politique qu’il savait impopulaire au départ, mais qui donnerait ses fruits par la suite. Il aurait adopté un profil bas et se serait positionné pour l’après-Bourguiba. Il n’avait même pas assuré ses arrières,  alors qu’il était à la tête de 5 ministères. « Cet ancien homme politique – doublé d’un syndicaliste et d’un économiste – n’a, sa vie durant, nullement versé dans une magouille financière quelconque. Il est, aujourd’hui, au bord du gouffre. Pour survivre, il a dû vendre, il n’y a pas longtemps de cela, le terrain où est implanté le jardin de sa villa à Radès » écrit M’Hamed Ben Youssef.
La probité et l’intégrité d’Ahmed Ben Salah ne sont pas discutables. Lorsqu’il fut démis de son poste de ministre de l’Éducation nationale en novembre 1969, ses émoluments cessèrent de lui être versés. Jusqu’à son arrestation, en mars 1970, il vécut de collectes organisées par ses amis et par des membres de  sa famille. Il s’évada en février 1973 et vécut un long exil à l’étranger : il n’a pu subsister que grâce à ses amis socialistes européens, en particulier le chancelier autrichien Kreisky. Il traversa une période très pénible qui affecta sa santé. Combien d’anciens ministres tunisiens qui avaient occupé des postes bien moins importants que Ben Salah ont vécu dans une chambre de bonne à Paris, située au 6er étage, sans ascenseur, sans chauffage, avec toilettes sur le palier ??

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